16 décembre 2006

Pourquoi même la police le lache (4) : un pyromane chef des pompiers



Le rapport qui contredit Sarkozy

Jacky DURAND

Libération, jeudi 08 décembre 2005


Les trois semaines d'émeutes que le France a connues ont correspondu à une "forme d'insurrection non organisée", selon une analyse des Renseignements généraux (RG). "La France a connu une forme d'insurrection non organisée avec l'émergence dans le temps et l''espace d'une révolte populaire des cités, sans leader et sans proposition de programme", indiquent les RG. Ce rapport dévoilé par le Parisien d'hier rejoint les analyses formulées par des gardiens de la paix, des CRS et des officiers dans Libération d'hier. Cette convergence entre des policiers de terrain et les RG va à l'encontre de certains propos du ministre de l'Intérieur qui avait notamment souligné le 3 novembre que les violences urbaines de la nuit précédente n'avaient "rien de spontané" et étaient "parfaitement organisées". Selon Sarkozy, interrogé hier en marge du congrès du Syndicat national des officiers de police (Snop), le rapport des RG "n'a pas été publié et pas exploité dans toute sa réalité".

Pour les RG, la France a connu "une révolte populaire"
Le Monde, jeudi 8 décembre 2005

Dans un rapport daté du 23 novembre, la direction centrale des renseignements généraux (DCRG) tire les enseignements de la vague de violences urbaines qui a traversé le pays à partir du 27 octobre. "La France a connu une forme d'insurrection non organisée avec l'émergence dans le temps et l'espace d'une révolte populaire des cités, sans leader et sans proposition de programme", observe la DCRG, qui évalue le coût des violences à "plus de 250 millions d'euros".

Selon le rapport, dont Le Parisien du mercredi 7 décembre publie des extraits, "aucune solidarité n'a été observée entre les cités", les jeunes s'identifiant "par leur appartenance à leur quartier d'origine et ne se reconnaiss(ant) pas dans ceux d'autres communes".

Les policiers affirment qu' "aucune manipulation n'a été décelée permettant d'accréditer la thèse d'un soulèvement généralisé et organisé".

Ainsi, les islamistes n'auraient joué "aucun rôle dans le déclenchement des violences et dans leur expansion". Ils auraient au contraire eu "tout intérêt à un retour rapide au calme pour éviter les amalgames". L'extrême gauche, de son côté, "n'a pas vu venir le coup et fulmine de ne pas avoir été à l'origine d'un tel mouvement".

Les policiers assurent par ailleurs que "les jeunes des cités étaient habités d'un fort sentiment identitaire ne reposant pas uniquement sur leur origine ethnique ou géographique, mais sur leur condition sociale d'exclus de la société française". Ils précisent que "les jeunes des quartiers sensibles se sentent pénalisés par leur pauvreté, la couleur de leur peau et leurs noms. Ceux qui ont saccagé les cités avaient en commun l'absence de perspectives et d'investissement par le travail dans la société française".

"Tout s'est passé comme si la confiance envers les institutions, mais aussi le secteur privé, source de convoitises, d'emplois et d'intégration économique, avait été perdue", ajoutent les RG.

En conclusion, les policiers évoquent avec inquiétude, à propos des cités, des "ghettos urbains à caractère ethnique". "Il est à craindre désormais que tout nouvel incident fortuit (décès d'un jeune) provoque une nouvelle flambée de violences généralisées", concluent les renseignements généraux.
Sarkozy: Finkielkraut "fait honneur à l'intelligence française"
PARIS, 4 déc 2005 (AFP)

Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy a jugé dimanche que l'intellectuel français Alain Finkielkraut, dont les propos avaient suscité une vive polémique après une interview à un quotidien israélien sur les émeutes en banlieue, faisait "honneur à l'intelligence française".
"M. Finkielkraut est un intellectuel qui fait honneur à l'intelligence française et s'il y a tant de personnes qui le critiquent, c'est peut-être parce qu'il dit des choses justes", a jugé Nicolas Sarkozy au grand jury
RTL-LCI-LE Figaro.
"Lui ne se croit pas obligé de défendre cette pensée unique qui n'a eu comme seul résultat de porter le Front national à 24%", a poursuivi le ministre. "Voilà le seul résultat de tous ces bien-pensants qui vivent
dans un salon entre le café de Flore et le boulevard Saint-Germain, et qui s'étonnent que la France leur ressemble si peu", a-t-il poursuivi.
Dans un entretien paru dans le quotidien israélien Haaretz, M. Finkielkraut avait estimé que la crise des banlieues était "une révolte à caractère ethnico-religieux". "Un Arabe qui incendie une école, c'est une révolte, un Blanc c'est du fascisme", ajoutait-il. "Bien sûr qu'il y a une discrimination, et il y a certainement des Français racistes, des Français qui n'aiment pas les Arabes et les Noirs et ils les aimeront encore moins maintenant quand ils prendront conscience de la haine qu'ils leur vouent" (...) L'idée généreuse de guerre contre le racisme se transforme petit à petit monstrueusement en une idéologie mensongère. L'antiracisme sera au 21e siècle ce qu'a été le communisme au 20e", disait encore M. Finkielkraut.
Il a ensuite présenté ses "excuses", tout en déclarant avoir été "victime d'amalgames". "Je présente des excuses à ceux que ce personnage que je ne suis pas a blessés (...) la leçon, c'est qu'en effet je ne dois plus
donner d'interview, notamment à des journaux dont je ne contrôle pas ou je ne peux pas contrôler le destin ou la traduction", avait déclaré M. Finkielkraut. Le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) qui avait envisagé de porter plainte contre Alain Finkielkraut pour incitation et provocation à la haine raciale avait finalement renoncé à son action après ces excuses.

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